De la vérité…

Aujourd’hui, je rebondis une nouvelle fois sur un article que j’ai lu cette semaine ici.

Mais ça risque d’être moins rigolo que la semaine dernière, je vous préviens !

La question était de savoir s’il faut toujours dire la vérité aux enfants ?

Personnellement, je pense que oui, il faut dire la vérité. En tous cas, ne pas mentir.
C’est important pour leur construction, pour la confiance qu’ils ont en nous, en eux, pour tout.

Mais je pense qu’il faut faire attention. A la façon de dire les choses déjà, au moment, à l’âge de l’enfant…
Il faut se demander si son âge lui permet de tout comprendre, et s’il ne vaut pas mieux se contenter dire que ce qu’il a besoin de savoir à l’âge qu’il a.

Et surtout, SURTOUT, ne jamais JAMAIS s’imaginer qu’il a compris donc que DIRE les choses ne servent à rien.

C’est mon histoire personnelle, mon expérience d’enfant qui me fait dire ça.

Je ne rentrerai pas dans les détails, mais j’ai cru savoir jusqu’au jour où… je me suis rendu compte que je ne savais pas, que ma vérité, n’était pas la vérité. J’avais 18 ans. Pendant plus de 10 ans, j’ai vécu dans une vérité qui n’existait que pour moi. Et je suis tombée, de très très haut. Et vous pouvez me croire, la digestion a été très très violente. Je vivais en quelque sorte dans un non-dit familial, comme si rien existait. Forcément, on en aurait parlé « librement » dans la famille, j’aurais su.

C’est en écrivant cet article que je me rends compte à quel point j’ai digéré. Il y a encore pas si longtemps, je n’aurais jamais osé aborder même aussi vaguement que je le fais là, ce sujet. Et c’est avec ce temps, que je me rends compte de ce qu’il s’est passé, comment, et pourquoi.

Ma maman a voulu me protéger. Elle l’a fait du mieux qu’elle a pu. Comme tout ce qu’elle a fait, pour moi, pour nous. Comme une maman.

Je pense qu’elle a cru que je savais, que j’avais compris, peut-être que je n’en parlais pas parce que je ne le souhaitais pas… Je ne le sais pas et ne le saurai pas car elle nous a quittés il y a plus de 8 ans maintenant, presque 9. Déjà.

Alors faut-il dire la vérité ? Là oui. En m’en tenant à ça oui. Il faut dire la vérité, surtout parler.

Mais aujourd’hui, je suis maman, moi aussi. Et ce que je n’ai pas su, je ne le cacherai pas à mes enfants sous prétexte que ce n’est pas important pour eux, que ça ne les regarde pas peut-être… Je veux qu’ils sachent. Je veux que ce soit « normal ». Ca fait partie de mon histoire, et je fais partie de la leur, comme mes parents. Et je veux qu’ils sachent pourquoi je ne parle pas de mon père.

Mais voilà, mon fils aîné a cinq ans, il m’a quelques fois posé des questions sur mes parents. J’ai pleuré au début, puis ce n’était plus que des larmes qui me montaient aux yeux. Toujours à des instants à la fois logiques ( Noël par exemple) mais qui étaient les plus compliqués pour moi. Car oui, il m’en a parlé à ce moment car pourquoi seuls les parents de Papa sont là ? C’est une occasion plus que pertinente pour aborder le sujet. Sauf que je n’étais pas prête. Je ne l’ai pas vu venir. J’ai essayé de lui expliquer, je lui ai dit. En larmes. Car j’ai encore beaucoup de mal aujourd’hui à me dire qu’ils ne les connaîtront pas. Que ma Maman ne les câlinera jamais, et qu’elle ne les verra jamais rire aux éclats, qu’elle ne verra jamais comme mon bébé rose lui ressemble, qu’elle n’emmènera jamais mon bébé bleu dans son beau jardin pour lui montrer que les escargots ne font pas peur, que ses plantes poussent bien, et tous les fruits qui attendent d’être mangés… (et je pleure, et je pleure à chaque relecture)

Je crois que malgré l’âge de mon fils, je n’arrive pas à les assembler, comme si je mettais d’un côté mes parents, et de l’autre mes enfants, car le rapprochement des deux m’est trop douloureux. Je lui en parle, nous sommes allés les voir dans « leurs petites maisons dans la prairie », plusieurs fois, je lui explique. Mais « putain » que c’est dur de leur expliquer ça, de s’assurer qu’ils comprennent, d’être à la fois maman et petite fille pleine de chagrin. On me conseille de laisser quelqu’un d’autre leur expliquer. Mais c’est mon histoire, c’est à moi de leur transmettre. J’aimerais leur donner la belle image que je garde précieusement, qu’il sache qui était ma Maman, mais comme c’est douloureux d’aborder ce sujet et comme c’est difficile de le faire légèrement sans appréhender une question déstabilisante. Je relativise, je me dis que ça viendra, qu’ils savent le principal.

Vous avez dû noter que je ne parle pas de mon père (à quasi personne d’ailleurs). Car ce que je ne peux pas leur dire pour l’instant, c’est la vérité sur mon père. Certes, ils sont encore petits, j’ai le temps, sauf qu’il ne m’en reste quasiment rien d’autre. Je ne leur parle pas de mon père. J’avais 7 ans quand il est décédé, je n’ai pas ou très peu de souvenirs. Je lui en ai voulu de cette vérité lorsque je l’ai apprise. Aujourd’hui je suis comme résignée, c’est mon père, je ne pourrai jamais en discuter avec lui, il ne répondra jamais à mes questions. C’est pour ça que je pose une limite au fait de dire la vérité aux enfants. Quelle vérité ? Je ne sais que ce qu’on m’a dit, j’ai toujours un doute sur certaines questions même si on m’a affirmé que je n’avais pas à en avoir. Je ne pourrai que leur transmettre ces paroles, s’ils me le demandent, je leur dirai ce que je sais, petit à petit, aux fils de leurs années, pour qu’ils soient en âge de comprendre. J’espère que tout glisse dans leurs têtes d’enfants, et qu’ils me poseront des questions si je n’y réponds pas par moi-même pour une raison ou pour une autre.

Je suis peut-être un peu hors-sujet ou pas très claire, mais mon histoire explique mon point de vue sur la question posée. Je pense qu’on ne peut pas être radicale sur ce sujet (et pas seulement celui-là), et qu’il ne faut pas parler à un jeune enfant sans être clair avec soi-même. Il faut dire les choses oui, mais aussi avoir des réponses. Et ce n’est pas toujours facile. Il faut peut-être parfois ne pas dire tout de suite, le garder pour plus tard.

J’ai commencé à réfléchir à toutes ces questions dès ma première grossesse, et elles m’angoissaient beaucoup. Puis je me suis laissé le temps, à moi, à lui, parce que quoiqu’il en soit, je pense qu’il faut s’adapter à l’enfant lui-même, répondre à ses questions, être capable nous aussi de nous adapter. En réalité, on ne peut pas prévoir. Ils ne sont pas fous, ils savent nous dire ce qui est important ou pas pour eux, à quel moment, et sentent aussi nos forces et nos faiblesses… Il faut être là et leur faire confiance, à eux.

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