De la difficulté d’être maman quand le monde devient fou…

C’est abasourdie et mal à l’aise que je suis les événements de ces derniers jours.

J’ai toujours été sensible à ces actes terrifiants qui frappent soudainement, mais c’est la première fois que je me trouve dans cette situation avec un enfant en âge d’entendre et de comprendre (ou pas justement) ce qui se passe. Que je dois le protéger de cette réalité de notre monde, mais aussi lui expliquer, ne pas l’inquiéter davantage, le rassurer, lui donner les informations dont il a besoin en pesant mes mots et laissant la conversation ouverte pour les questions qu’il pourrait avoir. Et trouver des réponses. Trouver les limites de son âge. Entre ne rien dire et tout expliquer, donner des informations et expliquer les émotions, les mouvements du pays, les images, les mots compliqués quand on a même pas 6 ans : « terrorisme », « attentat », « liberté d’expression » et « liberté de la presse », « rendre hommage »…

Ces événements m’amènent à me poser des questions sur mon rôle de maman et ce n’est pas simple.

Lui dire ou pas. J’ai fait le choix de lui dire, de lui parler, j’ai préféré le faire avec mes mots plutôt qu’il entende des mots que je n’aurais pu entendre avec lui.

Je lui ai donc expliqué mercredi soir, en bafouillant, puis nous avons à nouveau abordé le sujet hier soir, suite à la minute de silence faite hier midi à l’école.

Je me suis aidée du Petit quotidien diffusé gratuitement pour les enfants de 6 à 10 ans que vous trouverez ici si nous ne l’avez pas déjà téléchargé.

Je lui ai expliqué les mots, je lui ai dit l’ampleur et la gravité, je lui ai dit l’absurdité et je lui ai dit que nous avions tous des droits, dont celui de s’exprimer, même lui. Et que peu importe les propos, une telle réponse n’est jamais jamais jamais justifiée.

J’ai cherché mes mots, je lui ai expliqué que ce n’était pas facile de lui expliquer toutes ces choses qui nous ont tous choqués, alors qu’il fallait qu’il n’hésite pas à nous poser ses questions, à nous demander de lui expliquer un mot qu’il ne connaît ou ne comprend pas bien.

J’ai fait de mon mieux. Il n’a pas eu l’air choqué, étonné, rien. Je le regarde, je les regarde, je veille sur eux. Et je me demande dans quel monde ils vont grandir.

Depuis mercredi je me sentais mal sans savoir expliquer clairement ce mal-être. Et j’ai entendu une jeune femme interviewée devant les locaux de Charlie Hebdo parler de ce mal-être. Et j’en ai discuté avec des personnes autour de moi, qui ressentaient ce même malaise. Nous avons tous été touchés par ces horreurs, pour des raisons variées et personnelles, c’est bien d’en parler.

Hier après-midi avait lieu le premier atelier de l’année 2015 de la Fabrike pour bébé (je vous en parlais ici, c’était le lundi à l’époque) j’ai hésité à y aller, je me demandais ce que j’allais pouvoir écrire dans de pareilles circonstances. Et puis je me suis dit qu’écrire serait un bon moyen d’extérioriser des émotions, alors j’y suis allée, pour m’aérer.

Après avoir échangé sur ces sujets d’actualité, Dominique ( l’animatrice dont vous pouvez suivre les écrits ici) nous a proposé d’écrire sur le thème des vœux pour ce début d’année. Nous avons tiré chacune un petit papier nous indiquant un auteur et un destinataire de ces vœux. J’ai tiré les vœux du « Ravi de la crèche à maman ».

Vous devez vous demander pourquoi j’évoque cet atelier dans cet article. Mon état d’esprit, l’actualité, les échanges que nous avons eus ont influencé mon texte, les retours ont été positifs et l’idée de le publier m’a été soumise. Au départ, je n’étais pas convaincue, puis finalement si. Je vais le publier. Je n’ai pas pu le lire, je crois que le malaise que je ressentais depuis la veille a fini par me submerger et j’ai été incapable de lire ce texte, c’est la première fois que cela m’arrive, ce n’est pas moi qui ait lu mon texte. Alors je vous propose de le lire…

« Maman,

quelle que tu sois, où que tu sois et quelle que soit ta religion car toutes me ravissent, pour cette nouvelle année je te souhaite du courage.

Jésus semble être un enfant sage d’où je le vois mais j’imagine que les tiens ne le sont peut-être pas toujours.

Regarde-moi, je suis le ravi de la crèche, l’idiot du village, tout le monde plaint encore ma mère. Malgré son éducation, me voilà simple et innocent.

Voilà pourquoi je te souhaite beaucoup de courage pour cette nouvelle année et pour les suivantes aussi car je ne t’écrirai probablement pas l’an prochain, il va t’en falloir du courage pour éduquer tes enfants, leur inculquer ou plutôt leur offrir des valeurs, de bonnes.

Il n’y a pas la télévision dans la crèche, mais j’ai vu sur internet que le monde semble devenir fou.

Et c’est à toi, Maman (mais passe le message à Papa aussi) de protéger tes enfants et de leur montrer le bon chemin, celui de la liberté, de la paix et de la sérénité grâce à l’amour, au respect et à la communication. C’est difficile de protéger et d’expliquer, mais tu sauras faire de ton mieux, c’est ce que font toutes les mamans paraît-il.

Je te souhaite de te pardonner tes erreurs, tout le monde en fait, c’est presque inévitable, ils te pardonneront, pardonne-leur également. Mais ne baisse pas les bras, certaines choses méritent qu’on s’y tienne.

D’ailleurs, je te souhaite aussi quelques longues nuits de sommeil, te conseille une alimentation équilibrée et diversifiée pour les apports en vitamines, elles seront nécessaires, et plein d’amour et de tendresse à partager avec tes enfants et tes proches.

Allez bisous et bonne année.

PS: Tu trouveras ci-joint une bouteille de gel hydroalcoolique contre les microbes.

Rabi le ravi. »

J’ai mis quelques touches d’humour qui n’ont pas réussi à me toucher vraiment…

A nous de faire de nos enfants des gens ouverts, aimants, tolérants, pour qu’ils aient les bonnes armes, celles qui ne font pas couler de sang.

Je finis cet article en apprenant une seconde prise d’otages, femmes et enfants… j’ai mal au ventre et je pense à toutes les familles qui vivent aux alentours, aux proches des otages qui vivent des moments terribles, aux parents qui attendent de retrouver leurs enfants partis à l’école ou au travail ce matin comme chaque matin et aux forces de l’ordre qui risquent leurs vies pour notre sécurité. Courage et merci.

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Noël hier, Noël aujourd’hui.

Je ne me souviens pas de Noël à 5, à l’exception d’un jeu de petits chevaux, avec lequel je me rappelle avoir joué avec mon papa. Probablement l’un des derniers Noël auquel il a assisté.

Je me souviens ensuite que chaque année, tout se passait à peu près de la même façon.
Une vraie tradition en quelque sorte, notre tradition.

Nous nous retrouvions autour de maman,
dans un mélange de récits de nos petites vies respectives.
Cheminée allumée, sapin décoré avec ma sœur.
Je choisis mes flûtes préférées dans l’armoire,
de jolies flûtes en verre, gravées.
Je les ai d’ailleurs récupérées en souvenir de ces précieux moments.

Maman en cuisine,
Mon frère arrivera plus tard, il travaille.
Chacun avaient prévu ses cadeaux pour les autres et les déposaient au pied du sapin avant de prendre l’apéritif.

Mon frère me taquinait, essayait de regarder à qui s’adressait chaque paquet.

A l’époque, chacun cherchait de son côté ce qui pourrait plaire aux autres.
Il me semble qu’il n’y avait pas les mêmes préoccupations de budget et de crainte que ça ne plaise pas aujourd’hui.
Chacun offrait ce qu’il pouvait, en essayant de faire au mieux,
et il y avait de vraies surprises à l’ouverture des cadeaux.

Après un apéritif devant la cheminée, nous dînions dans la salle à manger de cette si belle maison de mon enfance.

L’ouverture des cadeaux se faisait à l’apéritif ou après le dîner.
Puis, minuit passé, nous allions nous coucher, repus et satisfaits.

 

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Je me rends compte aujourd’hui de l’importance de ces moments, de leur qualité, de leur singularité.
Grâce à ce qu’il m’en reste aujourd’hui.

Ils font partis des souvenirs de notre « tradition familiale » à nous, après le décès de mon papa, nous nous sommes créé notre propre tradition de réveillon de Noël, qui soude une famille.

Le 25 était différent, nous allions la plupart du temps chez mes grands-parents, avec oncles, tantes et cousins. Une autre ambiance, familiale aussi, mais plus large.

Maman nous a offert ça, et c’est ce que j’aimerais transmettre à mes enfants.

C’est aujourd’hui que je suis maman à mon tour, que je me rends compte comme c’est difficile.
J’essaye d’inventer des “rituels de Noël”, qui pourraient revenir chaque année.

Mais à vouloir trop en faire est-ce qu’on en perd pas un peu de magie?
Je me dis que mes enfants sont encore petits,
que c’est en grandissant qu’ils se rendront compte eux aussi.

Donc je m’efforce, malgré la nostalgie de cette période de l’année, et la peur qu’ils n’en gardent rien, de leur faire partager un peu de cette magie de Noël.

Aujourd’hui, la magie de mon enfance a laissé place à la magie de voir leurs yeux briller devant les décorations, à la simple évocation du jour J qui approche à grand pas et de la venue tant attendue du Père Noël…

Aujourd’hui, Noël n’a d’autre but que de leur permettre de rêver, et de voir leurs regards émerveillés en découvrant les cadeaux tant espérés.

Et à bien y réfléchir, n’est-ce pas ça le plus important?

Les laisser vivre les choses comme ils les ressentent eux, pour qu’ils se souviennent avec leurs yeux, leurs émotions…

Ils se souviendront peut-être que papa essayait en vint de caler le sapin bancal, que maman passait un temps fou dans la cuisine 2 semaines à l’avance pour préparer la bûche elle-même, de ce robot (pas beau) qu’il espérait tellement, de cette poupée qui a surtout fait plaisir à maman…

Et finalement, peu importe, le temps fera son oeuvre, du moment qu’ils se souviennent…

 

Accident

Définition du Larousse :

  • Événement fortuit qui a des effets plus ou moins dommageables pour les personnes ou pour les choses : Accident de la route.
  • Événement inattendu, non conforme à ce qu’on pouvait raisonnablement prévoir, mais qui ne le modifie pas fondamentalement : Un échec qui n’est qu’un accident dans une brillante carrière.

Il s’agit donc par définition de quelque chose que l’on ne peut pas anticiper. C’est une sorte de fatalité.

C’est quelque chose qu’on l’on redoute, encore plus souvent lorsqu’on est maman non ?

Ne vous sentez pas épargnés, nous sommes tous concernés. Nous sommes tous des victimes potentielles de ces hypothétiques accidents.

Je me suis rendu compte aujourd’hui, même si je le savais déjà, qu’on ne peut pas tout empêcher.

Je ne suis pas de ces mamans stressées dès que leur progéniture trébuche, se cogne…

On m’a à plusieurs reprises regardée de travers quand, au parc, mon fils de 2 ans environ, tombait, et que je n’arrivais pas en courant pour l’inspecter sous toutes les coutures. Je l’ai fait, au début, puis je me suis rendue compte que ça ne servait à rien, il ne pleurait pas, et m’envoyait même promener… Alors j’attendais, écoutais, regardais, lui demandais si ça allait et il repartait trotter comme un fou. Je ne dis pas que je n’ai jamais eu peur qu’il ne se fasse mal, je n’étais pas spécialement fière de me promener avec un petit bonhomme tout bosselé. Mais je le laissais gérer puisque c’est ce qui semblait lui convenir…

Ça ne signifie pas pour autant que je le laissais faire n’importe quoi, je lui fixais des limites, à 2 ans, il faut  » apprendre  » les dangers. Mais il arrivait très très bien à tomber juste en courant, et de préférence entre les parties de revêtement qui servent à amortir les chutes justement. Sinon ce n’est pas drôle !

Nous avons éviter les chutes dans les escaliers, nous avons mis une barrière, poser des interdits au sujet des fenêtres, des produits d’entretien, les choses évidentes me direz-vous.

Il s’est coincé les doigts dans la porte-fenêtre une fois, heureusement le joint en caoutchou faisait exactement l’épaisseur de ces si petits doigts, il n’a pas eu un bleu ! Bébé rose a préféré la porte de la cuisine, qui elle n’a pas de joint. Ouille.

Je me fâche assez régulièrement pour qu’ils ne viennent pas traîner dans la cuisine lorsque j’y suis occupée. Comme ce matin.

Je préparais le déjeuner, comme tous les jours, et de bonne heure car le lundi Bébé rose va à la garderie à 14h donc je lui fais faire la sieste avant. Comme souvent, elle me suivait, tournait, chantait, taquinait le chien. Jusqu’au moment où j’ai fini par me fâcher parce que ça devenait trop dangereux de la laisser faire. Je l’ai donc envoyé jouer dans le salon, ce qu’elle n’a pas apprécié puisque c’est à contre-cœur, en pleurant, qu’elle a fini par s’y résoudre. Me voilà donc toute à mon repas. Deux casseroles d’eau sur le feu, du riz, des œufs.

C’est au moment d’enlever la casserole du feu, que j’ai fait un pas en arrière et que je me suis aperçue que ma toute petite poulette se trouvait derrière moi, m’obligeant à stopper brusquement mon mouvement… et forcément, je n’ai pas pu empêcher l’eau de passer par-dessus la casserole. Je l’ai poussée, je ne sais pas comment, mais l’eau éclabousse… Sa tête. Elle s’est mise à hurler, je l’ai prise dans mes bras, me suis imaginé des choses horribles, des images terribles de son si joli petit visage, et je crois que là, vraiment, j’ai paniquée comme c’est rarement arrivée dans de pareils cas. Peut-être parce que cette fois le risque était différent des précédents…

J’ai regardé, mis un peu d’eau froide, mais n’y connaissant rien en brûlure, je ne savais pas quoi penser. J’ai appelé son papa, 11 fois. Puis je suis partie. Il ne semblait pas y avoir de marques importantes mais c’était au niveau de son œil donc j’étais d’autant plus inquiète. Après un bref passage à la pharmacie, où on m’a conseillé d’aller au urgences au cas où, puis une petite visite sur le lieu de travail de papa (ex-pompier) pour avoir son avis, nous sommes parties aux urgences. Angoisse.

Et je n’oublierai pas le regard de l’infirmier qui a daigné nous demander la raison de notre venue, après 20 minutes à patienter alors qu’il n’y avait personne devant nous ( la personne qui était là à notre arrivée nous a demandé d’attendre, c’est un autre qui est arrivé ensuite, c’était l’heure du déjeuner, donc j’imagine qu’il devait absolument prendre sa pause… ), cet infirmier donc, qui m’a regardé comme si j’avais été négligente. Ni plus ni moins. Comme si je ne m’étais pas rendu compte de la gravité de ce genre d’accidents, et comme si j’avais laissé ma fille jouer avec une casserole d’eau bouillante. Pardon mais… pauvre con.

Il a finalement appelé un médecin, qui a regardé, qui a dit  » oui on l’enregistre « , puis  » Surveillez, si ça gonfle il faut revenir ou voir un ophtalmo « , Pipette-Rose si elle se plaint. C’est tout. Donc on y est allé pour rien. Elle n’a rien. Rien de grave.

C’était un accident. Je m’étais fâchée, je savais que ça pouvait être dangereux qu’elle soit là, elle était sortie de la pièce. J’ai fait ce que je pouvais. Malheureusement, c’est arrivé. Heureusement, elle n’a rien. Quelle peur. Quelle horreur. Quel soulagement, quel bonheur. Quelle leçon.

Je fais partie de celle qui ont eu de la chance, un accident qui n’a pas pas été  » dommageable  » pour ma fille. Mais il existe des gens, des enfants qui n’ont pas cette chance. Je me souviens notamment d’un article que j’avais lu sur un blog ( pardon, à force de lire, avec le temps, je ne sais plus toujours d’où ils viennent, si tu te reconnais, fais-moi signe ! ) racontant l’accident arrivé à une petite puce, malgré les précautions prises par sa famille, qui s’était brûlée avec une tasse de café. Elle n’avait pas eu notre chance.

Je tire deux conclusions de ce qu’il nous est arrivé aujourd’hui :

Soyez vigilants, toujours, tout le temps. Ne lâchez rien.

Mais souvenez-vous qu’un accident… est un accident, qu’on ne peut pas tout éviter.

Et une troisième :

Et que les professionnels que vous allez consulter dans ces cas-là, ne vous connaissent pas, ne savent pas, n’ont peut-être jamais connu cette peur horrible, et qu’ils vous jugeront sans savoir que vous faites chaque jour tout ce que vous pouvez pour qu’ils n’arrivent rien à la prunelle de vos yeux. Mais que vous ne pouvez pas tout empêcher.

 

 

 

 

De la vérité…

Aujourd’hui, je rebondis une nouvelle fois sur un article que j’ai lu cette semaine ici.

Mais ça risque d’être moins rigolo que la semaine dernière, je vous préviens !

La question était de savoir s’il faut toujours dire la vérité aux enfants ?

Personnellement, je pense que oui, il faut dire la vérité. En tous cas, ne pas mentir.
C’est important pour leur construction, pour la confiance qu’ils ont en nous, en eux, pour tout.

Mais je pense qu’il faut faire attention. A la façon de dire les choses déjà, au moment, à l’âge de l’enfant…
Il faut se demander si son âge lui permet de tout comprendre, et s’il ne vaut pas mieux se contenter dire que ce qu’il a besoin de savoir à l’âge qu’il a.

Et surtout, SURTOUT, ne jamais JAMAIS s’imaginer qu’il a compris donc que DIRE les choses ne servent à rien.

C’est mon histoire personnelle, mon expérience d’enfant qui me fait dire ça.

Je ne rentrerai pas dans les détails, mais j’ai cru savoir jusqu’au jour où… je me suis rendu compte que je ne savais pas, que ma vérité, n’était pas la vérité. J’avais 18 ans. Pendant plus de 10 ans, j’ai vécu dans une vérité qui n’existait que pour moi. Et je suis tombée, de très très haut. Et vous pouvez me croire, la digestion a été très très violente. Je vivais en quelque sorte dans un non-dit familial, comme si rien existait. Forcément, on en aurait parlé « librement » dans la famille, j’aurais su.

C’est en écrivant cet article que je me rends compte à quel point j’ai digéré. Il y a encore pas si longtemps, je n’aurais jamais osé aborder même aussi vaguement que je le fais là, ce sujet. Et c’est avec ce temps, que je me rends compte de ce qu’il s’est passé, comment, et pourquoi.

Ma maman a voulu me protéger. Elle l’a fait du mieux qu’elle a pu. Comme tout ce qu’elle a fait, pour moi, pour nous. Comme une maman.

Je pense qu’elle a cru que je savais, que j’avais compris, peut-être que je n’en parlais pas parce que je ne le souhaitais pas… Je ne le sais pas et ne le saurai pas car elle nous a quittés il y a plus de 8 ans maintenant, presque 9. Déjà.

Alors faut-il dire la vérité ? Là oui. En m’en tenant à ça oui. Il faut dire la vérité, surtout parler.

Mais aujourd’hui, je suis maman, moi aussi. Et ce que je n’ai pas su, je ne le cacherai pas à mes enfants sous prétexte que ce n’est pas important pour eux, que ça ne les regarde pas peut-être… Je veux qu’ils sachent. Je veux que ce soit « normal ». Ca fait partie de mon histoire, et je fais partie de la leur, comme mes parents. Et je veux qu’ils sachent pourquoi je ne parle pas de mon père.

Mais voilà, mon fils aîné a cinq ans, il m’a quelques fois posé des questions sur mes parents. J’ai pleuré au début, puis ce n’était plus que des larmes qui me montaient aux yeux. Toujours à des instants à la fois logiques ( Noël par exemple) mais qui étaient les plus compliqués pour moi. Car oui, il m’en a parlé à ce moment car pourquoi seuls les parents de Papa sont là ? C’est une occasion plus que pertinente pour aborder le sujet. Sauf que je n’étais pas prête. Je ne l’ai pas vu venir. J’ai essayé de lui expliquer, je lui ai dit. En larmes. Car j’ai encore beaucoup de mal aujourd’hui à me dire qu’ils ne les connaîtront pas. Que ma Maman ne les câlinera jamais, et qu’elle ne les verra jamais rire aux éclats, qu’elle ne verra jamais comme mon bébé rose lui ressemble, qu’elle n’emmènera jamais mon bébé bleu dans son beau jardin pour lui montrer que les escargots ne font pas peur, que ses plantes poussent bien, et tous les fruits qui attendent d’être mangés… (et je pleure, et je pleure à chaque relecture)

Je crois que malgré l’âge de mon fils, je n’arrive pas à les assembler, comme si je mettais d’un côté mes parents, et de l’autre mes enfants, car le rapprochement des deux m’est trop douloureux. Je lui en parle, nous sommes allés les voir dans « leurs petites maisons dans la prairie », plusieurs fois, je lui explique. Mais « putain » que c’est dur de leur expliquer ça, de s’assurer qu’ils comprennent, d’être à la fois maman et petite fille pleine de chagrin. On me conseille de laisser quelqu’un d’autre leur expliquer. Mais c’est mon histoire, c’est à moi de leur transmettre. J’aimerais leur donner la belle image que je garde précieusement, qu’il sache qui était ma Maman, mais comme c’est douloureux d’aborder ce sujet et comme c’est difficile de le faire légèrement sans appréhender une question déstabilisante. Je relativise, je me dis que ça viendra, qu’ils savent le principal.

Vous avez dû noter que je ne parle pas de mon père (à quasi personne d’ailleurs). Car ce que je ne peux pas leur dire pour l’instant, c’est la vérité sur mon père. Certes, ils sont encore petits, j’ai le temps, sauf qu’il ne m’en reste quasiment rien d’autre. Je ne leur parle pas de mon père. J’avais 7 ans quand il est décédé, je n’ai pas ou très peu de souvenirs. Je lui en ai voulu de cette vérité lorsque je l’ai apprise. Aujourd’hui je suis comme résignée, c’est mon père, je ne pourrai jamais en discuter avec lui, il ne répondra jamais à mes questions. C’est pour ça que je pose une limite au fait de dire la vérité aux enfants. Quelle vérité ? Je ne sais que ce qu’on m’a dit, j’ai toujours un doute sur certaines questions même si on m’a affirmé que je n’avais pas à en avoir. Je ne pourrai que leur transmettre ces paroles, s’ils me le demandent, je leur dirai ce que je sais, petit à petit, aux fils de leurs années, pour qu’ils soient en âge de comprendre. J’espère que tout glisse dans leurs têtes d’enfants, et qu’ils me poseront des questions si je n’y réponds pas par moi-même pour une raison ou pour une autre.

Je suis peut-être un peu hors-sujet ou pas très claire, mais mon histoire explique mon point de vue sur la question posée. Je pense qu’on ne peut pas être radicale sur ce sujet (et pas seulement celui-là), et qu’il ne faut pas parler à un jeune enfant sans être clair avec soi-même. Il faut dire les choses oui, mais aussi avoir des réponses. Et ce n’est pas toujours facile. Il faut peut-être parfois ne pas dire tout de suite, le garder pour plus tard.

J’ai commencé à réfléchir à toutes ces questions dès ma première grossesse, et elles m’angoissaient beaucoup. Puis je me suis laissé le temps, à moi, à lui, parce que quoiqu’il en soit, je pense qu’il faut s’adapter à l’enfant lui-même, répondre à ses questions, être capable nous aussi de nous adapter. En réalité, on ne peut pas prévoir. Ils ne sont pas fous, ils savent nous dire ce qui est important ou pas pour eux, à quel moment, et sentent aussi nos forces et nos faiblesses… Il faut être là et leur faire confiance, à eux.